Le choix de la vielle à roue et de l’épinette hongroise, instruments à bourdon dont l’origine remonte en tout cas à dix siècles, ne provient pas d’une nostalgie d’un passé idyllique, d’un archaïsme facile ou d’un goût prononcé pour les instruments anciens. Lorsque René Zosso s’attelle à sa vielle et lorsqu’Anne Osnowycz pose son épinette sur ses genoux, ils accomplissent un geste comparable à celui du peintre qui tend sa toile blanche sur son cadre. Le son continu de ces instruments, le bourdon, sert à parler du temps. Pas du passé, pas forcément du présent, mais du temps-durée où s’inscrivent les émotions, les états d’esprit divers qui de tous temps ont animé les hommes.
Si René Zosso et Anne Osnowycz retournent souvent aux sources médiévales, en ce qu’elles inspirent de permanent et de prodigieusement fécond, l’écran des bourdons porte également en lettres vives les poètes actuels. Les voix, modelées par les instruments, passent avec un égal bonheur des chants des troubadours à la poésie moderne. Cette remise à l’honneur des instruments à bourdons nous permet d’accueillir notre musique modale ancienne et de la faire participer au concert de notre siècle.